22.1.06

1ère candi Histoire, quand le regard d'autrui est salvateur

En ce temps-là, je m'étais enfoncé dans les tréfonds de la déprime, la nourriture était devenue ma seule amie. Ma journée était un repas, le ventre rythmait ma vie et compensait toutes mes frustrations. Je brillais par ma bêtise, me remarquais par mon incapacité à prendre soin de moi, je ne méritais nul respect, nulle considération. J'étais devenu une ombre livide, une ombre lourde aux trois chiffres avant la virgule sur la balance. Laurent n'existait pas, il était voué aux échecs et aux sandwiches. Tout me fuyait, moi le premier d'ailleurs. J'étais incapable d'aimer, incapable de m'aimer.
Pourtant, j'avais des amis, des proches, des vrais, de ceux qui sont encore là aujourd'hui, de ceux qui vous sauvent la vie. Je ne les voyais pas, je ne voyais rien. Je me goinfrais et gonflais à ne plus pouvoir passer les portes. Je ne conscientisais pas ma chute, n'entendais pas les appels amis, ne voyais pas les mains tendues. Jusqu'au jour où... Il n'aura fallu qu'un cliché, qu'une photo ! Me voir enfin avec tout le recul nécessaire. Réaliser ! Réaliser pour enfin me prendre en main. Longue et lente fut la chute, longue fut la reprise en main. Vingt longs mois de descente aux enfers, vingt mois d'abstinence complète, d'effacement de soi, vingt mois à se perdre.
Lorsque je pris conscience de ce que j'étais devenu, de qui je n'étais plus, le choc fut rude... mais salutaire ! J'ai commencé à réfléchir, enfin, à voir plus loin. Je me suis accroché à un espoir, le seul qui me semblait sensé. Je me suis interrogé. Cela faisait presque deux ans que je me détruisais à feu doux, deux ans que je me dépréciais, me dénigrais et, soudainement, une question m'envahit, prit toute la place, ne me lâchait plus. Elle tournait, tournait, me faisait vaciller. Pourquoi m'aiment-ils ? Pourquoi ces gens que j'aime profondément, que j'estime, pourquoi eux, ces dignes, ces nobles, ces bons s'attachent-ils à moi ? Pourquoi m'aiment-ils ? Cela signifiait-il que, malgré tout, j'étais resté aimable ? Si eux, ces êtres de valeur, avaient décidé de continuer de m'aimer, comment se pouvait-il que je ne puisse voir ce qu'il y avait de bon, de bien au plus profond de moi ? Ils ne pouvaient tous se fourvoyer en même temps, c'était improbable, d'autant que je n'avais pas l'habitude de jouer un jeu face à eux, non pas face à eux !
Leur regard m'a sauvé, sans le savoir, sans qu'ils s'en rendent compte. J'ai, grâce à eux, regagné confiance et estime de soi. Qu'il fut âpre le chemin de la reconquête de soi, qu'elle fut ardue la route qui mène à la connaissance et à l'acceptation de soi. Voici presque douze ans que cette reconquête a commencé, elle n'est pas encore achevée, ne le sera probablement jamais. Mais le regard des autres, sans complaisance, m'a appris à, régulièrement, me remettre en question et à abolir le principe, trop cher au scorpion que je suis, de la destruction gratuite. Depuis, je continue d'avancer avec une foi, jamais démentie, en l'avenir.

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Father Lucifer a dit...

Tu sais à quel point je comprends tout cel, tout ce que tu délivres ici... ? Oui, tu sais, et tu as raison...

Alcib a dit...

Félicitations pour la reprise en main ; une photo ne révèle pas tout de l'estime de soi, bien sûr, mais les tiennes sont prometteuses (pas pour rien que Lucifer rôde constamment dans tes parages) ;o))
Quant à moi, j'en suis encore à la première partie. J'évite simplement regards d'autrui et appareils photos ;o)

Eltan a dit...

Comme je me retrouve dans ces considérations, toujours le côté scorpion sans doute ;-)